COMPTE-RENDU DU FESTIVAL M.S.I.F.

- Du 1er au 8 juillet 1997 - [sommaire]

Afin d'organiser le festival M.S.I.F. à Mostar, nous avons d'abord effectué deux démarches.

        La première se fit auprès des autorités municipales, pour avoir les autorisations concernant les nombreux lieux publics où se déroulent les multiples activités du festival. La deuxième s'effectua auprès des autorités et organisations susceptibles de nous garantir la sécurité de tels événements dans cette ville.
Pour une certaine sécurisation du festival, qui concerne autant les jeunes français que les jeunes mostariens, nous avons rencontré et établi des liens avec des polices aux mandats et zones géographiques d'activités bien différents:

- Les polices de l'est et de l'ouest (respectivement pour la zone du gouvernement de Sarajevo et pour la zone
  ("croate")
- La police fédérale (pour le secteur central, couvrant l'ancienne ligne de front)
- La police onusienne ( l'I.P.T.F. - International Police Task Force - chargée de "former et superviser" la police
  fédérale dans laquelle fusionnent progressivement les polices de l'est et de l'ouest)
- Le service des affaires civiles de la SFOR (Force multinationale sous commandement de l'OTAN faisant
  appliquer le cessez-le-feu et dont les patrouilles sont très fréquentes à Mostar).
Il a fallu ensuite trouver des lieux où le plus d'expressions artistiques et d'échanges pouvaient être envisagés, ce qui nécessitait une collaboration avec des partenaires locaux, institutionnels ou humanitaires. Nous avons donc travaillé à Mostar avec ces principaux organismes:

        - L'O.S.C.E. (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe), mandatée par
           l'Union Européenne pour appliquer une partie des volets civils des accords de Dayton
          (organisation des élections, "démocratisation" du territoire...).
        - L'Omladinski Centar (à l'est), office paramunicipal ayant le même rôle qu'une MJC.
        - Le Centar za Mladez (à l'ouest), idem, équivalent du centre de jeunesse de l'est.
        - Les facultés des deux côtés.
        - Nobody's Children ,ONG travaillant sur un camp de réfugiés à côté de Mostar.
        - War Child ,ONG travaillant sur le projet de reconstruction de l'école de musique de Mostar: le Centre Pavarotti
           inauguré en décembre 1997.
        - Apeiron, association culturelle.
        - Mirovni Project, ONG travaillant sur une "maison de voisinage".
        - Camarad, compagnie de danse folklorique.
        - Mostarlink, ONG prêtant du matériel d'éclairage (pour concerts, théâtres,...etc).

        La logistique consistait essentiellement à gérer du matériel sono et à héberger des participants. L'inventaire et le rassemblement des matériels sono de l'U.N.H.C.R, dispersés à travers la ville, fut effectué ainsi que des travaux techniques, pour rendre compatibles et complémentaires les équipements mostariens et français. La mairie nous fournit l'hébergement : une école reconstruite, opportunément située sur la ligne de démarcation.

Le festival fut très riche en échanges et rencontres de toutes sortes. De nombreux jeunes et moins jeunes de Mostar ont participé et aidé à ce festival, comme intermédiaires, traducteurs ou musiciens et artistes (à l'Est comme à l'Ouest, des groupes de musique de Mostar ont joué avec les Français).

La programmation fut très soutenue en raison de l'éthique que se sont imposés les participants : si un événement a lieu à l'Ouest, il doit également en avoir un à l'Est au même moment et tous doivent pouvoir jouer des deux côtés.

Les activités du festival furent nombreuses et diversifiées géographiquement, grâce au nombre de participants français et grâce aux capacités de déplacement dont nous disposions sur place avec les deux bus.

On peut résumer le festival à travers une journée-type de cette semaine chargée. Le matin: des animations dans les M.J.C (ateliers pédagogiques divers) et sur les marchés (spectacles de rues). L'après-midi: animations, parades et spectacles dans les rues, sur les places, intervention dans un camp de réfugiés isolé à côté de Mostar. Le soir: concerts en plein air sur des places du centre ville et dans les jardins des centres de jeunesse, soirée/concerts et spectacles dans les locaux de l'OSCE, des facultés, du Mirovni Project, de la Compagnie "Camarad", des bars et terrasses...
 

A l’été 1997, la situation politique n’a pas beaucoup changé :

Mostar reste partagée en deux par un mur invisible.

La ligne de démarcation passe dans le no man’s land de l’ancienne ligne de front où seuls quelques bâtiments neufs tranchent dans le décor apocalyptique : des édifices publics non habités ; le quartier mixte du centre ville, prévu par l’administration européenne, est une fiction. Il est toujours impossible pour les milliers de réfugiés chassés à l’est de recouvrir leurs biens, maisons et appartements qu’ils occupaient avant la guerre dans la partie ouest de la ville, maintenant " croate ".
 

La situation politique reste donc bloquée…mais pas incontournable.

Comme l’a montré la réalisation de ce festival, il existe en effet une certaine marge de manœuvre au niveau de la culture et des échanges. Un bon exemple est l’épisode de l’unique parade que nous avons pu effectuer à l’ouest.

Partant de la ligne de démarcation et traversant la partie ouest vers le centre de jeunesse où était programmé un concert, cette parade fut une première à Mostar-ouest qui n’avait pas vu de manifestation publique dans la rue depuis la guerre. L’armada policière qui nous escortait, comme le regard ébahit des habitants, nous ont fait comprendre que nous avions passé une étape de plus vers la normalisation de la vie; cela dans une zone difficile toujours sous le contrôle tacite des nationalistes croates.

Pour effectuer cette parade, les négociations avec la police de l’ouest furent âpres mais elles débouchèrent malgré tout… avec l’aide de policiers de la police fédérale.

Grâce à la mise en place progressive de cette police mixte, certaines choses étaient devenues possibles. Il faut profiter rapidement de cette brèche dans l’intolérance et le sectarisme entre les deux communautés. Les jeunes de Mostar l’ont bien compris qui ont, quelques jours avant notre festival, réussi un exploit :

Des jeunes amateurs de musique Techno sont parvenus à organiser une soirée-concert dans un immeuble en ruine sur la ligne de démarcation ; à peu près 150 adolescents, dont plus d’un quart furent des jeunes de l’ouest ayant répondus à l’appel de tracts glissés sous le manteau, se sont donc réunis (non sans avoir invité l’OSCE et l’IPTF…par sécurité).

Cet événement nous amène à une conclusion très positive : Il est possible de mettre en confiance et de rassembler un certain nombre de jeunes de l’est et de l’ouest pour un événement précis, dans un cadre assez relationnel et avec un minimum de publicité. (c’est l’origine d’un secteur d’activité du festival que nous voulons développer : le secteur " Soirée/concerts et rencontres " ou " meeting party ").

La réalisation de ce festival fut un exercice difficile pour ses jeunes organisateurs et participants.

Marques de courage et de peurs, travaux de fourmis, apprentissage de la vie dans une société d’après-guerre... Pour ces jeunes Français la notion de citoyenneté forgée par la République et la Révolution Française a atteint toute sa pertinence et sont universalisme, ici, au cœur d’une Bosnie-Herzégovine ravagée et divisée par les sectarismes communautaires.

Cette connaissance du terrain acquise dans des conditions pénibles est irremplaçable.

Les organisateurs et les animateurs ont la volonté de ne pas la laisser en friche, de ne pas la rendre inutile : une nouvelle édition du festival MSIF est donc un aboutissement, pour tous ceux qui l’ont vécu et qui ont pu, avec les conseils et les encouragements des habitants de Mostar, apprécier sur place toutes les opportunités que peut créer un tel événement dans cette ville.

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